
Ce qu’on n’avait peut-être moins prévu, c’est que cet appauvrissement de l’information unitaire allait mal tourner. De deux manières. D’abord, en laissant un libre cours à une interprétation, une glose immédiate et des commentaires à l’infini parce que précisément… toute pensée ne peut pas se réduire à si peu de mots, autrement dit à une short news ! Tocqueville ou Platon doivent se retourner dans leur tombe, tandis que les journalistes trouvent un véritable second souffle professionnel à ne pas chercher l’information mais seulement à commenter les messages brefs des réseaux sociaux.
Ensuite, ça dérape ! Le message est parfois suffisamment simplifié pour devenir faux. Pire ! L’information peut elle-même être fausse. La chasse aux fake news est ouverte ! Le sujet devient alors de savoir si l’information est vraie ou fausse tout en la commentant.
PowerPoint avait déjà sérieusement déresponsabilisé tout un chacun avec ses verbes à l’infinitif juste après ses sempiternels « bullet points ». Voilà maintenant qu’il faille faire avec des informations plus ou moins vraies mais toujours hyper simplifiées. Nous vivons le choc frontal d’un Paul Valéry et son fameux « ce qui est simple est faux » avec Françoise Hardy et son nom moins fameux « moi vouloir toi » !
Reprenons-nous. Soyons fiers de notre capacité à penser, à penser le compliqué, le complexe, à penser le subtil, le fin, le drôle. Rappelons-nous que les quelques millénaires qui nous séparent de l’invention de l’écriture ne peuvent pas passer par Pertes & Profits. Ce serait une injure à nos aïeux. Et surtout, la beauté de l’Homme passe par sa capacité à penser. Encore faut-il le faire…